Dashain à Changu Narayan

En attendant d’autres récits, je vous propose de retourner quelques mois en arrière, plus exactement au début octobre, lorsqu’avec Lara, nous avions partagé le Dashain avec une famille népalaise. Le texte et les photos sont de Lara. Ce billet a été publié initialement le 30 octobre 2013 sur Facebook.

Changu Narayan, oasis paisible sur le flanc d’une colline, à moins de 15 kilomètres de Katmandou, mais à plus d’une heure en microbus bondé! Un temple, quand même, et quelques magasins de souvenirs. Plus de poussière ni de klaxon. Coucher de soleil sur Katmandou, sur fond de montagnes.

DSCF5259_1Pradibna, Shoba, Prashanta, Prinsu, Nani, Babu, les grands-parents, les cousins, … Famille immense dans laquelle je me sens instantanément à ma place. Accueil chaleureux, le mot est faible. Générosité, gentillesse, et ces sourires aussi doux que le thé massala de Pradibna, le meilleur ! Le meilleur, parce qu’il est fait avec plein d’epices fraiches. Ou le meilleur, peut-etre, parce qu’il a le gout de ces choses preparees avec soin et partagees avec les gens qu’on aime. Le gout de ces choses qu’on ne trouve qu’a la maison.

Pradibna. Une des personnes les plus fascinantes qu’il m’aie été donné de rencontrer. Il entre à l’école à l’âge de 10 ans, après que sa route aie croisé par hasard, au retour d’une journée de travail aux champs, celle d’un mécène allemand. « Vas-tu à l’école ». « J’en rêve ». « Demain, je t’y emmène ». Il tient parole. Dès le lendemain et pendant 12 ans, il paie pour ses livres, ses frais d’écolage, des vêtements et des chaussures neufs. Ses premières chaussures en fait. Assoiffé de connaissance, et probablement déjà conscient de sa chance, élève surmotivé et brillant, le jeune Pradibna étudie, apprend l’anglais et tout ce qui lui est donné d’apprendre, pour la plus grande fierté de son « parrain ». Puis il travaille, épouse Shoba. Une fille, Prinsu, puis un fils un an plus tard, Prashanta. Avec l’argent, dont son parrain refuse le remboursement, il construit la maison familiale, et contribue à son tour à la scolarisation de ses frères et sœurs, puis à celle d’autres enfants du village. Tour à tour député de Changu Narayan, guide touristique, puis fondateur d’une entreprise d’import-export, chaque expérience représente un nouveau défi, une nouvelle occasion d’apprendre et de se surpasser. Pendant son mandat, le village voit naître de nombreux projets, sociaux ou touristiques, encore actifs aujourd’hui. L’artisanat local se développe, les premiers commerces ouvrent, les enfants vont plus à l’école et moins aux champs. Il apprend ensuite l’allemand, voyage, à la fois curieux et critique envers le monde qui l’entoure. Son caractère sociable, son sourire sincère et sa loyauté lui valent de nombreuses, longues et profondes amitiés à travers toute l’Europe. Travailleur acharné, résolument optimiste, sa réussite rayonne autour de lui.

Prashanta devient notre guide officiel. Visites de villages et de temples, retour à pied à travers les champs de patate et les rizières, traversée à gué de la rivière. Et surtout mille et une histoires passionnantes. Il raconte le passé. Religion, mythologie et culture se mêlent harmonieusement dans ces récits fantastiques. L’imagination de l’homme semble inépuisable lorsqu’il s’agit de comprendre et d’expliquer la merveilleuse complexité de notre monde. Il raconte le présent, la société népalaise. Politique, éducation, système de santé, tout y passe. Ouvert, étonnamment clairvoyant et critique pour son âge, il a un avis sur tout. Innée ou acquise, l’empreinte paternelle est indéniable. Voyage prévu en Europe l’année prochaine. Curieux, avide découverte, fan du Bayern de Munich, il rêve de faire un master en ingénierie en Allemagne et apprend la langue de Goethe par lui-même depuis quelques mois. Quelques restes de rébellion adolescente et un anticonformisme bien dosé pour mieux avancer, vivement qu’il vole de ses propres ailes!

Et Prinsu, étudiante en 2ème année de médecine, studieuse et pleine d’humanité, la fierté de son père, un magnifique médecin un devenir!

Certainement une des rares femmes de son village qui comprenne l’anglais, Shoba me répond de longues tirades en népalais, avec tellement d’aplomb! Lorsqu’ils sont là, es enfants traduisent. Sinon, complicité muette, nous rions toutes les deux. Il va falloir que je me mette sérieusement au népalais.

À la fois intrigués et amusés, les grands-parents nous observent, de leurs petits yeux vifs, cernés d’innombrables rides sages et profondes. L’histoire d’une vie de labeur, ses peines, mais surtout toutes ses joies, inscrites à même la peau, taillées par le burin indélébile du vent et du soleil. Piliers de cette grande famille dont ils doivent être si fiers, ils semblent heureux. Leur sourire accentue encore leurs rides aux coin des yeux. Le bonheur rend les gens beaux. Ils sont beaux, d’une beauté douce et paisible, une beauté comme plus riche, plus dense.

Et le Bénédiction par le grand-père PokharelDashain donc, festival hindou le plus important de l’année. Concentré de culture népalaise et d’hindouisme en quelques jours. Échantillon joyeux et coloré de cette religion aux 33 millions de dieux. 15 jours de célébration. On sacrifie, en fonction de ses moyens, buffles, chèvres, poules, canards ou pigeons, pour commémorer la victoire des déesses sur les démons, puis on mange de la chèvre pendant toute la semaine! Le dixième jour, l’ancêtre de la famille bénit chaque membre individuellement. Lorsqu’arrive mon tour, grand-père appose cérémonieusement le tika sur mon front. Il me souhaite un beau voyage, sans encombres, et surtout de revenir chez eux chaque année pour le Dashain! Éclat de rire général! Peut-être pas chaque année, mais je reviendrai.

Semaine magique. Je découvre encore un autre Népal, une fois de plus, simple et authentique comme j’aime. Je découvre un village, des amis, une famille qui m’accueille comme l’une des leurs, sans la moindre hésitation. L’hospitalité népalaise légendaire tient généreusement ses promesses! À peine partie, leurs sourires me manquent déjà!

Je découvre une culture, une religion. Je la vis de l’intérieur.

Et je découvre l’idéalisme. On m’a parfois reproché d’être trop idéaliste, voire naïve. Et là, Pradibna, ce petit bonhomme inépuisable. On l’a aidé, il aide. Il a reçu, il donne à présent à ceux qui en ont besoin. Persévérant, passionné, généreux, il m’impressionne, il me fascine presque. Il m’émeut. Une étincelle de malice dans son regard, un éclair presque enfantin, il nous pousse à croire comme lui, comme avant que la vie ne nous persuade du contraire, que tout est toujours possible. Il suffit d’y croire suffisamment fort. Moi j’ai envie d’y croire, et si on me traite d’idéaliste… Tant mieux !

Une réponse sur « Dashain à Changu Narayan »

  1. Hello fantastique récit quelle magnifique voyage tu vis autant par les yeux que par l’âme. A bientôt et bonne continuation bisous. Corinne et Odette

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