Jiri – Namche et au-delà

Après un lever à l’aube pour se rendre au parc de bus local de Katmandou, nous couvrons les 184 kilomètres séparant la capitale de Jiri en un peu plus de huit heures de bus. À partir de Jiri, la route goudronnée se termine en cul-de-sac, les souliers de marche sont donc de mise. Le chemin jusqu’à Lukla n’offre malheureusement pas de grande variation de paysage comme les Annapurna, mais l’authenticité et l’accueil des Népalais dans cette région donnent une très bonne raison de le parcourir. Durant les quatre jours qu’il nous faut pour rejoindre Lukla, nous croisons bien plus de mules que de touristes. Les quelques 13’000 mètres de dénivelé cumulés se font, en bonne partie, sur des marches en pierre d’hauteurs irrégulières, rendant tant les montées que les descentes un challenge musculaire. Plus besoin d’aller à la salle de sport pour faire du « stepper » et nous sommes fin prêts pour attaquer les prochaines montées en altitude. Grâce à ces quelques jours de marches, nous nous rendons également compte de la distance franchie par les biens avant d’être consommés par les masses de touristes arrivant par les airs.

À partir de Lukla, le ballet des porteurs devient plus dense et les charges plus lourdes. Des cargaison de 70 à plus de 100 kg sont transportées à dos d’homme. À l’aide d’une hotte, de cordes et d’une bande passée sur la tête les Sherpa accomplissent des efforts herculéens, bien hors de portée de n’importe quels visiteurs de la vallée du Khumbu. Boissons sucrées de la fameuse marque à l’écriture blanche calligraphiée sur fond rouge, canettes de bières, alcool fort, boîtes cylindriques de chips américaines, barres chocolatées martienne, tout monte par les chemins. Au-dessus de Namche, les mules sont remplacées par les yaks, mieux adapté à l’altitude. Ces bêtes à cornes massives avancent tranquillement avec leur lourdes charges : sacs d’expédition, bonbonnes de gaz, sacs de riz ou autres biens consommables. L’ambiance devient malheureusement moins amicale, même en faisant le premier pas, on ne reçoit plus de salutations ni des porteurs, ni des conducteurs de convois d’animaux, ni des habitants des villages traversés par les flots de marcheurs. Pour compenser, les paysages changent radicalement et deviennent plus alpins. Les premiers sommets apparaissent, alors que l’altitude augmente de jour en jour. À partir de 4’000 mètres, les derniers arbres ont disparus et la toundra alpine s’impose jusqu’à la neige au environ de 5’000 mètres.

Dès les hauts de Namche, l’Ama Dablam, telle une grosse crème glacée garnie de chantilly, apparaît aux visiteurs. Elle est seule, massives et malgré sa petite taille de seulement 6’856 mètres, elle impose sa blanche présence à tout le paysage, volant même la vedette aux huit-milles à l’arrière plan. L’Ama Dablam, nous observe sur presque toute notre montée jusqu’à camp de base de l’Everest. Lors de mon ascension au Kalapatthar j’ai laissé par inadvertance mon appareil photo à la lodge. Après la montée des 500 mètres restant depuis Gorakshep, j’atteins le point de vue en haute montagne le plus fabuleux que j’aie vu jusqu’ici. Je profite de la chance que m’offre mon oubli. Celui-ci m’oblige a revenir à de plus simple, mais plus intenses observations. Mes yeux ont de la peine à saisir l’ampleur de ce qui m’entoure : Le Nupste, l’Everest et tous les six, sept et huit milles environnant. À leur pieds s’étendent les langues glacières du Khumbu et du Changri Shar brisées de milles crevasses, recouvertes de pierres et percées de petits lacs bleu froid. Uniquement de la roche et de la glace, mais tant de variations en si peu de tons gris, noir, blanc ou bleu. La chute de glace du Khumbu se présente telle une barrière infranchissable à qui voudrait atteindre le toit du monde. La vie a d’autres proportions de temps ici. Les glaciers craquent, des avalanches se déclenchent, le paysage est vivant, mais rien ne semble évoluer. Que ce soit au sommet du Chukung Ri, du Kalapatthar ou au camp de base de l’Everest, à près de 5500 mètre d’altitude, on se sent infiniment petit entouré par ces géants de roches qui nous surplombent encore de plus de 2’000 mètres.

Je suis complètement enchanté par les paysages, mais je me demande toutefois s’il est justifié de trouver tous ces produits de consommation de nécessité tertiaire à moins de cinq kilomètres du camp de base de l’Everest. Nous sommes à deux jours de marche de Namche pour les porteurs Sherpa les plus rapides, mais bien plus pour les marcheurs. Je m’interroge aussi en voyant certains touristes portant jeans et chaussures de ville là-haut. Plus je redescends du camp de base, plus je remarque les bandes de touristes sans sacs, parfois presque agonisant pour certains, souvent devancés par leurs porteurs. Ces visiteurs sous Diamox de ces hautes altitudes ne me semblent pas respecter les challenges imposés par les montagnes. Le tourisme de masse et les agences de treks n’ont vraiment pas que du bon. Bien sûr, je profite aussi de tout le confort apporté par l’explosion du tourisme, mais je rentre avec un sentiment partagé du Khumbu à ce sujet.

Après deux longues journées de marche, je rejoins à nouveau Lukla où l’oxygène semble être disponible à profusion. Le lendemain, je m’envole de cette fameuse piste inclinée. Le décollage aux premières lodges juste derrière le pilote est impressionnant. Avec les yeux et ma carte mémoire pleine de sublimes images de montagne, je suis content de me retrouver à nouveau à Katmandou pour reposer mes jambes et faire le pleins de glucides bon marché dans les nombreuses boulangeries.

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2 réponses sur « Jiri – Namche et au-delà »

  1. Paysages…magnifiques
    Réflexions … imagées
    Commentaires relativement au tourisme de masse….Désolant et polluant cette masse…pas seulement pour l’environnement mais aussi pour l’enchantement des lieux…Nous comprenons
    Nous t’accompagnons…. avec intérêt

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  2. Ai, ai…no comment, vraiment dommage de lire ça!!

    Juste une citation qui me parait bien adéquate à la situation envahit mon esprit…:

    « Il n’y a point de bête au monde tant à craindre à l’homme que l’homme. »
    -Michel de Montaigne-
    Veuillez m’en excuser.

    P.S.: photos toujours absolument fantastiques, bravo!! 🙂

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