Mingalaba magique et mystérieux Myanmar

Après un long silence radio causé par la difficulté à trouver des connexion Internet à peine digne de nos vieux modems, je vous partage en une seule fois mon expérience au Myanmar. En espérant que longueur de mon billet ne vous effraie pas trop, je vous souhaite une bonne lecture, ainsi qu’une très belle nouvelle année !

Lever de soleil sur Bagan Me voilà au Myanmar, le pays des stūpa d’or et des milles et un Boudas – enfin, d’après mes meilleures estimations, je pense en avoir vu au moins 130’000. Anciennement nommé Birmanie en référence à l’éthenie majoritaire du pays les Birmans, le pays a officiellement changé de nom il y un peu plus de vingt ans pour englober toutes les éthenies.

Dans cette région du monde, la modernité se mélange étrangement à la culture locale, dans un profond respect des traditions bouddhistes. Certains moines se promènent ainsi avec leur téléphone intelligent qu’ils utilisent pour surfer sur Internet grâce à l’accès wifi gratuit au milieu de la plus grande pagode de Yangon. Absents il y a seulement quelques mois du pays, les distributeurs automatiques ont fleuris depuis la levée de l’embargo occidental, y compris dans les lieux sains. Bien entendu toute cela ne touche pour l’instant que les villes principales du pays. Le Myanmar comptant plus de 700’000 moines, soit un peu plus que le double du nombre de visiteurs arrivant annuellemant à Yangon, on s’habitue ainsi vite de voir des bus entiers de tuniques rouges au lieu des cars de japonais. Au niveau de l’habillement, aussi bien dans les villes qu’en campagnes, la majorité des Birmans – ou plus exactement, Myanmarais – portent la traditionnelle longiy. Cette sorte de longue jupe constituée d’un cylindre de tissu est attaché à la taille différemment selon les sexes. On aperçoit pourtant des jeunes qui semblent tout droit sortis d’Europe s’affichant en jeans, t-shirt et casquette. Mais, même habillée à l’occidentale, les filles continuent d’appliquer sur leurs joues, grossièrement tel des peintures tribales, du thanakha – la crème solaire locale à base de pâte de bois. Le bétel – un psyco-actif puissant à base de noix d’arec et de feuilles de bétel – machouillé goulûment à toute heure de la journée donne une teinte rouges sang aux sourires locaux. Entre autres particularités et vieilles unités de mesures anglo-saxonnes, ici l’on roule à droite avec le volant à droite ou à gauche. Les portes des bus s’ouvrent donc parfois au milieu de la route. Le code de la route est aussi optionnel, s’il est plus pratique de rouler à gauche de la piste inverse, on n’hésitera pas. Quant au clignotant à gauche, il est utilisé pour indiquer au véhicule qui suit que la voie est libre pour dépasser. Les transports publiques ici sont mieux adaptés aux insomniaques qu’aux gens normaux avec leurs départs et arrivées en milieu de nuit. Et, comble de l’organisation, pour tromper les voyageurs, ceux-ci partent même quelques fois avec de l’avance.

Mais, reprenons depuis le début, en débarquant de mon avion à Yangon, je suis surpris par le luxe de son aéroport. En provenance du Népal, le contraste est assez flagrant : ici tout semble fonctionner et être flambant neuf. De grosses voitures bien entretenues attendent sur les places de parcs à l’extérieur. La qualité des routes dans la ville offrent un confort que j’avais déjà oublié. Après avoir traversé l’ancienne capitale, mon taxi me dépose au pied de mon hôtel au coin d’une rue grouillante de vie. La capitale du Myanmar a été déplacée récemment à coût de dépenses exorbitantes sur fond d’aide internationale à Naypyidaw – La Demeures des Roi. Cette ville a été construite pour raisons stratégiques de toutes pièces par la junte militaire qui espérait peut-être dans la foulée justifier leur main mise sur le régime en répétant les facéties des précédents monarques qui s’amusaient, au gré des conquêtes ou des prévisions astrologiques, à déplacer la capitale. À la sortie de mon taxi, j’entre alors avec une grande curiosité dans le petit marché local bordant mon hôtel. La variété de couleurs de fruits et légumes et la pléthore de stand de nourriture m’attire immédiatement. L’influence des populations thaïlandaises, chinoises, indiennes sur la culture culinaire locale réjouit d’avance mes sens : soupe de nouilles, pains vapeur chinois, rouleaux de printemps, riz sauté, porc laqué, poissons en tous genres, galettes de millet et d’autres céréales, touffu, riz gluant, samosa, beignet, chapatti… Fini le dhal bath ! La profusion de plats rend le choix peu aisé et en même temps, il est encore plus dur de s’arrêter de manger, quand à chaque coin de rue, un autre stand vous propose une nouvelle spécialité. Autre anomalie locale, les restaurants de rue semblent vous proposer de jouer à la dînette sur leur terrasse faîte de tables basses, de mini-tabourets et petites tasses de thé chinoises.

Dans les marchés locaux, en plus de toutes les stimulations visuelles et acoustiques, les narines sont mise fortement à contribution. Lorsqu’on se fraye un chemin entre les stands proposant poissons plus ou moins frais, morceaux de poulet, crevettes séchées, épices, légumes ou fruits en tout genre, le nez découvre en effet milles nouvelles senteurs inconnues. Tant les clients que les vendeurs sont extrêmement souriants et intrigués de me voir passer aux travers des étals. L’effet est d’autant plus marqué dès que l’on sort un tant soit peu des rares zones touristiques, même à Yangon. À mon passage, les commentaires malicieux vont bon train, surtout, me semble-t-il, au près de la gente féminine. Vu qu’il m’est absolument impossible de savoir ce qui se dit à mon sujet je réponds simplement par un sourire ou un « မင်္ဂလာပါ » – prononcé mingalaba, la salutation birmanne. Si je reste perplexe un instant sur une substance ou un fruit inconnu, j’obtiens presque systématiquement le droit de les déguster, au prix de quelques mauvaises surprises. Durant mon séjour, par respect pour leurs coutumes, j’ai porté dans les temples et stūpas leur longiy. Ce qui semble ravir d’autant plus les locaux. Les birmans sont curieux de voir des étrangers et avide de rencontre extérieure. Ils n’hésitent pas à demander pour se faire photographier avec vous. S’ils ont en plus la chance de parler l’anglais, ils s’entretienent très volontiers avec les visiteurs ayant du temps à leur consacrer. Au Myanmar, le peu de tourisme se ressent par l’abscence presque totale dans les marchés de prix « touristes », mais surtout par le comportement si amical des locaux. Par exemple, deux jours de suite à Bago, je me suis même fait invité à manger. Une fois au marché par deux jeunes étudiantes ne parlant que deux mots d’anglais qui prenaient leur repas à côté de moi. Et, une seconde fois, à souper chez lui par un jeune homme fort sympathique, Myu, à l’anglais quasi parfait.

MyuMyu a étudié les langues, la géographie, la science au monastère durant son adolescence. Après huit de vie monacale, préférant la liberté et la vie locale, il est revenu travailler aux champs avec ses parents. La maison familiale sur pilotis est faite de bambous et de feuilles de palmiers. Au centre de la grande pièce principale, les nattes au sol servent tant pour s’asseoir que pour dormir. La petite chambre adjacente est réservée au deux sœurs et pour entreposer quelques affaires. Il y a peu de temps, pour assurer un revenu plus important à la famille, le père a envoyé son fils cadet travailler en Malaysie. Pour ce faire, il a vendu presque toutes ses terres, ou plus exactement ses contrats de location – l’influence des lois britanniques du temps des colonies implique que personne ne possède de terrain au Myanmar, mais seulement un droit d’usage. La manne financière supplémentaire a apporté un lot de modernité tranchant avec le romantisme local de l’habitation : scooters, électricité, télévision satellite, téléphones intelligents et accès Internet. Toute la famille peut ainsi rester en contact par courriel et autres réseaux sociaux avec l’expatrié. Je regrette que mon jeune ami soit le seul de la famille a pouvoir s’exprimer dans une autre langue, j’aurais bien voulu en savoir plus sur eux et sur l’influence de toute ce nouvel attirail électronique. Myu en tout cas en profite bien pour s’informer sur le monde extérieur et pour apprendre de nouvelles chansons de rock anglais qu’il chante à la perfection.

Malgré le début d’ouverture et les changements au niveau politique, le pays est malheureusement encore bien fermé au tourisme. Une petite heure au bureau de l’information touristique à Yangon m’informe des restrictions d’accès dans les différentes régions. Le gouvernement veut, semble-t-il, protéger les touristes des mauvaises infrastructures dans les parties plus reculées du pays et les éloigner des troubles locaux. Tout cela est orchestré pour éviter toute mauvaise publicité à l’étranger. En effet, le tourisme constitue une manne financière importante pour la junte militaire qui possède une grande partie des hôtels et des compagnies de voyage. Étonnement, la majorité du tourisme ici est un tourisme de luxe : tours organisés, grands complexes hôteliers tous conforts, taxis privés et vols internes… Peu de backpackers s’y aventurent, l’offre hors de ce luxe est presque inexistante et est bien plus chère qu’ailleurs en Asie du Sud-Est.

Groupe de trek KalawAprès quelques jours à Yangon et dans les environs, je saute dans un bus de nuit en direction de Kalaw. Lors de mon arrivée nocturne dans le froid mordant des montagnes birmanes, je rencontre Pauline aussi à la recherche d’une auberge. Nous partagerons finalement la suite de notre voyage au Myanmar dans une belle complicité. Le matin, bien motivé à partir en trek, nous tombons nez-à-nez avec Lara et Audrey sur le point de réserver le même tour que nous. Notre fine équipe agrémentée d’un couple italo-irlandais part ainsi en balade pour trois jours guidé par le remarquable Robin. Avec plus de vingt ans de métier, cet ancien mécanicien automobile connaît tout sur tout. Son esprit est très critique et même s’il n’est jamais sorti de son pays, il connaît la géographie, la politique et la situation économique en Europe et en Amérique du Nord mieux que beaucoup d’occidentaux. Dans les plantations de thé, de piments, de colza, de céréales ou les rizières, il nous montre les plantes aromatiques et médicinales locales. Au grès des discussion, il nous enseigne également une foule incroyable d’anectodes sur les religions, les traditions et la situation politique de son pays.

Très étonnement pour un pays gouverné par une main de fer, le niveau d’éducation est très bon ici. Le taux d’alphabétisation est élevé. Toutefois, peu de gens parle l’anglais. La situation semble quand même évoluer puisque l’anglais est utilisé dans les écoles publiques pour différentes branches. L’accès au média internationaux accélérera probablement son apprentissage par les jeunes générations. Malheureusement pour le développement du pays, les croyances religieuses font qu’il est mieux pour son karma et sa vie future de construire un monastère ou une stūpa que d’investir dans la réfection ou l’établissement d’une école, d’un puit ou d’autres infrastructures publiques. Les temples, stūpas, monastères et autres effigies sacrées sont ainsi globalement bien entretenus alors que le reste de l’infrastructure est inexistante ou en piètre état. En règle générale, la colonisation britannique semble quant à elle avoir apporté bon nombre de choses manquantes au Népal : un réseau de chemins de fer, bien qu’ancien et donnant le mal de mer, des machines, des industries et des ports.

Le deuxième soir de notre trek, en pleine campagne birmane, nous passons le réveillon agrémenté d’un apéro constitué de vin local douteux, de merveilleux fromages suisses et de jambon fumé espagnol, un vrai régal… merci à la maman de Lara. À la fin de notre randonnée, nous découvrons à Indein les ruines d’un complexe de plusieurs stūpas abandonnées. Le spectacle est à couper le souffle, d’autant plus que l’endroit est désert. Les rares touristes préfèrent, semble-t-il, rester dans le marché de souvenir de l’autre côté de la berge. Une barque à moteur fille ensuite à vive allure pour nous amener au Nord du Lac Inlé. Sur celui-ci, les pêcheurs jouent aux acrobates. Les Intha, ou fils du lac, tiennent leur filet à deux mains et, à l’extrémité de leur frêle embarcation, ils pagaient avec une jambe en équilibre sur l’autre tel des échassiers. Le jour suivant, à l’aide de nos vélos nous rejoignons à un splendide village monté sur pilotis et flottant sur une eau en miroir. Une paisible croisière en pirogue propulsée l’étonnante méthode de pagaillage unique au monde des pêcheurs locaux nous promène au milieu des habitations à la découverte des pagailleurs-funambules de cette Venise authentique du Myanmar, absolument vide de touristes.

Mon voyage se poursuit alors en compagnie de Pauline, Lara et Audrey vers Hsipaw, plus au Nord, réputée, un peu à tort, comme moins touristique que le Lac Inlé. Rebelotte, nous partons pour marcher à travers les plantations de thé, les villages et les collines birmanes pour les trois derniers jours de l’année. Bien que cette deuxième balade soit moins riches en paysages et enseignement local, nous passons de merveilleux moments avec un groupe incroyable de huit personnes ayant presque tous le même âge et des situations de vie semblable. Le voyage et la destination hors de sentiers battus y est sûrement pour quelques chose. Les échanges sont ainsi très intenses et personnels. De retour à temps pour fêter le nouvel an, nous passons une excellente soirée autour d’un feu de camp chez une sympathique grand-mère, répondant au drôle de nom de Miss Popcorn, qui nous a cuisiné un succulent repas avec les légumes frais de son jardin.

L’agriculture au Myanmar qui occupe presque neuf personne sur dix est entièrement manuelle et s’étend à perte de vue partout au travers du pays. Les buffles, paniers tressés en bambous et autres outils rudimentaires sont donc de mises pour les travaux dans les champs. Au grès de nos visites, nous arrêtons par curiosité à proximité d’une fabrique de nouilles de riz dans laquelle nous passons un moment à observer ce procédé industriel à petit échelle. Ici, ni extrusion en continu ou machine d’emballage, les étapes se font tranquillement presque sans aide mécanique de la préparation de la farine de riz au pliage des nouilles. Comme on a la chance de l’observer à diverses reprises, tout est fait à bras d’homme : de la fabrication du sucre de canne, des lames de machettes, au tissage des longyi et au roulage du thé et des cigares.

Après un arrêt à Mandalay, nous continuons en direction du magique et inoubliable Bagan. Cette cité, plusieurs fois ancienne capitale du royaume, inspire les visiteurs depuis des milliers d’années. Marco Polo aurait dis que cette « ville dorée vit aux sons des cloches et des frémissements des robes de moines ». Abritant plus d’une dizaine de milliers de temples et de stūpas et encore plus de Boudas, Bagan est si particulier et incroyable que les mots ne peuvent suffire à le décrire (Regardez donc les photos ci-dessous). Au lever du Soleil, les stūpas, par dizaines, se découpent en ombres chinoises sur l’horizon parsemé de majestueux monastères aux toits dignes de contes de fées. Doucement, les rayons tracés par Soleil balayent délicatement la brume matinale où baignent les stūpas dans une ambiance mystérieuse. Pour couronner le tableau de ce lever de Soleil, une douzaine de montgolfières volant quotidiennement se laissent emporter gracieusement au dessus de ce paysage.

Pour terminer notre trajet au Myanmar, nous passons ensuite par la très peu visitée cité de Mrauk U – à prononcer comme tel un chat, « miaou ». Autrefois un royaume séparé, cette région du pays était fermée aux touristes durant des années. Depuis quelques mois seulement, il est possible de s’y rendre par voies terrestres, malgré les contres indications de diverses agences, même celle du gouvernement. Nous partons en matinée de Bagan bien déterminé à parvenir à destination. Après, quelques discussions, négociations, puis une attente forcée à Magwe d’une demi-journée, nous attrapons en chemin le bus direct Mandalay–Sittwe au environ de minuit. Notre bus zigzague sur les étroites routes de montagnes, évitant au prix de quelques efforts, un compresseur de 42 tonnes destiné à l’oléoduque indo-chinois qui s’est renversé le jour d’avant dans un virage à quelques lacets de la station de pompage. Après ce périple sinueux, le chemin se poursuit sur une piste poussiéreuse longeant la route en construction. Le paysage a, quant à lui, bien changé. Nous sommes désormais dans un climat tropical sous l’influence de la Baie du Bengal située à quelques dizaines de kilomètres à l’Ouest. Les palmiers bordent les champs, qui tel un patchwork jaune et gris s’étendent à perte de vue. Finalement après un petit peu moins de vingt heures de bus, nous atteignons notre but. D’après notre source très partielle d’information, nous serions les premiers étrangers à faire le trajet dans ce sens avec une connexion à Magwe.

Shwe Maung Thar et nous sur la rive de la rivière LemoÀ Mrauk U, les stūpas en forme de cloche ont remplacé les piques de Bagan. Les temples de cette ville ont été, à juste titre, confondu avec des forts militaires par les premiers explorateurs européens. L’ancienne citée royale a été bâtie entre les collines presque toutes surplombées de stūpas qui émerge discrètement au milieu de la végétation luxuriante. Au détour d’un temple, nous rencontrons Shwe Maung Thar dans sa galerie d’art fort bien intitulée « L’Amitié ». Il décide spontanément de nous partager sa passion pour la région de Mrauk U et de la rivière Lemo. Nous partons à l’aube en sa compagnie pour remonter en barque l’eau vert turquoise de la rivière pour aller à la découverte des villages Chin. La vie locale s’offre à nous : culture de cacahuètes, de maïs et divers légumes, drague de galet, le flottage de bambous, pêche, … Les bancs de cette paisible rivière sont déconnectés du reste du monde, dont ils dépendent uniquement pour la vente de leurs galets et des bambous. Notre artiste-guide nous amène dans ses petits coins préférés hors des circuits habituels, même si de toutes façons le tourisme ici est inexistant. Durant cette balade, nous croisons seulement deux autres touristes. Il nous présente aussi ses prochains sujets de tableaux qui seront dévoilés à Berlin en mai 2015 dans une exposition conjointe avec un de ses amis allemand.

Moine au coucher de soleil à BaganDurant les quinze derniers jours, nous avons regardé presque tous les levers et couchers de Soleil dans des paysages tous plus beaux les uns que les autres. Encore un dernier couché de soleil sur la Baie du Bengal à Sittway avant de retrouver Yangon et de reprendre ma route en Asie – direction le Laos par le Nord de la Thaïlande. La boucle est déjà bouclée, merci à Pauline d’avoir partagé ce bout de chemin avec moi.

Le Myanmar, ce pays mystérieux et ignoré des touristes, est comme une bulle hors du temps dans laquelle les croyances bouddhistes se ressentent tant dans l’honnêteté de ses habitants que dans ses paysages magiques décorés d’Est en Ouest et du Nord au Sud de Boudas et de stūpas. Je ne peux que vous encourager mettre sur votre liste de chose à faire un jour : « Partir à la découverte du Myanmar »

Crédits photo : Bagan en sépia par Pauline, groupe de trek et soirée de nouvel an par Lara

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Bye bye Népal…

Après trois mois à te visiter, à aller à la rencontre de tes habitants si chaleureux et à découvrir tes merveilleux paysages, il est temps de passer à une nouvelle étape de mon voyage.

C’est très ému que j’ai attaché ma ceinture sur le tarmac de Katmandou. Depuis mon siège, je profite encore rapidement d’écrire des messages d’aurevoir. J’échange même quelques mots avec Milan au téléphone juste avant le décollage. Le mélange de joie et de tristesse qui m’envahit me laisse échapper quelques larmes. Cette première partie de voyage m’a déjà apporté tant d’aventures et surtout tant de belles amitiés. Je n’oublierai pas de si tôt le sourire rayonnant de Pradibna qui m’a accueilli dans sa famille pour le Dashain, ni les instants passé avec les enfants à la maison AAN, ni les incroyables moments passé avec d’autres voyageurs.

Merci, Denebad, Thank you.

La suite des aventures au Myanmar, au prochain épisode.

Jiri – Namche et au-delà

Après un lever à l’aube pour se rendre au parc de bus local de Katmandou, nous couvrons les 184 kilomètres séparant la capitale de Jiri en un peu plus de huit heures de bus. À partir de Jiri, la route goudronnée se termine en cul-de-sac, les souliers de marche sont donc de mise. Le chemin jusqu’à Lukla n’offre malheureusement pas de grande variation de paysage comme les Annapurna, mais l’authenticité et l’accueil des Népalais dans cette région donnent une très bonne raison de le parcourir. Durant les quatre jours qu’il nous faut pour rejoindre Lukla, nous croisons bien plus de mules que de touristes. Les quelques 13’000 mètres de dénivelé cumulés se font, en bonne partie, sur des marches en pierre d’hauteurs irrégulières, rendant tant les montées que les descentes un challenge musculaire. Plus besoin d’aller à la salle de sport pour faire du « stepper » et nous sommes fin prêts pour attaquer les prochaines montées en altitude. Grâce à ces quelques jours de marches, nous nous rendons également compte de la distance franchie par les biens avant d’être consommés par les masses de touristes arrivant par les airs.

À partir de Lukla, le ballet des porteurs devient plus dense et les charges plus lourdes. Des cargaison de 70 à plus de 100 kg sont transportées à dos d’homme. À l’aide d’une hotte, de cordes et d’une bande passée sur la tête les Sherpa accomplissent des efforts herculéens, bien hors de portée de n’importe quels visiteurs de la vallée du Khumbu. Boissons sucrées de la fameuse marque à l’écriture blanche calligraphiée sur fond rouge, canettes de bières, alcool fort, boîtes cylindriques de chips américaines, barres chocolatées martienne, tout monte par les chemins. Au-dessus de Namche, les mules sont remplacées par les yaks, mieux adapté à l’altitude. Ces bêtes à cornes massives avancent tranquillement avec leur lourdes charges : sacs d’expédition, bonbonnes de gaz, sacs de riz ou autres biens consommables. L’ambiance devient malheureusement moins amicale, même en faisant le premier pas, on ne reçoit plus de salutations ni des porteurs, ni des conducteurs de convois d’animaux, ni des habitants des villages traversés par les flots de marcheurs. Pour compenser, les paysages changent radicalement et deviennent plus alpins. Les premiers sommets apparaissent, alors que l’altitude augmente de jour en jour. À partir de 4’000 mètres, les derniers arbres ont disparus et la toundra alpine s’impose jusqu’à la neige au environ de 5’000 mètres.

Dès les hauts de Namche, l’Ama Dablam, telle une grosse crème glacée garnie de chantilly, apparaît aux visiteurs. Elle est seule, massives et malgré sa petite taille de seulement 6’856 mètres, elle impose sa blanche présence à tout le paysage, volant même la vedette aux huit-milles à l’arrière plan. L’Ama Dablam, nous observe sur presque toute notre montée jusqu’à camp de base de l’Everest. Lors de mon ascension au Kalapatthar j’ai laissé par inadvertance mon appareil photo à la lodge. Après la montée des 500 mètres restant depuis Gorakshep, j’atteins le point de vue en haute montagne le plus fabuleux que j’aie vu jusqu’ici. Je profite de la chance que m’offre mon oubli. Celui-ci m’oblige a revenir à de plus simple, mais plus intenses observations. Mes yeux ont de la peine à saisir l’ampleur de ce qui m’entoure : Le Nupste, l’Everest et tous les six, sept et huit milles environnant. À leur pieds s’étendent les langues glacières du Khumbu et du Changri Shar brisées de milles crevasses, recouvertes de pierres et percées de petits lacs bleu froid. Uniquement de la roche et de la glace, mais tant de variations en si peu de tons gris, noir, blanc ou bleu. La chute de glace du Khumbu se présente telle une barrière infranchissable à qui voudrait atteindre le toit du monde. La vie a d’autres proportions de temps ici. Les glaciers craquent, des avalanches se déclenchent, le paysage est vivant, mais rien ne semble évoluer. Que ce soit au sommet du Chukung Ri, du Kalapatthar ou au camp de base de l’Everest, à près de 5500 mètre d’altitude, on se sent infiniment petit entouré par ces géants de roches qui nous surplombent encore de plus de 2’000 mètres.

Je suis complètement enchanté par les paysages, mais je me demande toutefois s’il est justifié de trouver tous ces produits de consommation de nécessité tertiaire à moins de cinq kilomètres du camp de base de l’Everest. Nous sommes à deux jours de marche de Namche pour les porteurs Sherpa les plus rapides, mais bien plus pour les marcheurs. Je m’interroge aussi en voyant certains touristes portant jeans et chaussures de ville là-haut. Plus je redescends du camp de base, plus je remarque les bandes de touristes sans sacs, parfois presque agonisant pour certains, souvent devancés par leurs porteurs. Ces visiteurs sous Diamox de ces hautes altitudes ne me semblent pas respecter les challenges imposés par les montagnes. Le tourisme de masse et les agences de treks n’ont vraiment pas que du bon. Bien sûr, je profite aussi de tout le confort apporté par l’explosion du tourisme, mais je rentre avec un sentiment partagé du Khumbu à ce sujet.

Après deux longues journées de marche, je rejoins à nouveau Lukla où l’oxygène semble être disponible à profusion. Le lendemain, je m’envole de cette fameuse piste inclinée. Le décollage aux premières lodges juste derrière le pilote est impressionnant. Avec les yeux et ma carte mémoire pleine de sublimes images de montagne, je suis content de me retrouver à nouveau à Katmandou pour reposer mes jambes et faire le pleins de glucides bon marché dans les nombreuses boulangeries.

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People 125 contre le Yéti

Texte invité par Yves

On a tous entendu parler du yéti, l’abominable homme des neiges, une créature légendaire supposée hanter les vallées de l’Himalaya. Les théories sur l’origine de cette légende sont multiples. Plusieurs témoins ont rapporté avoir rencontré une sorte d’hominidé, d’une taille d’environ 2m, poilu, ressemblant à un gorille [1]. Un rapport scientifique a récemment fait état de la découverte de poils qui pourraient provenir d’un plantigrade issu du croisement d’un ours blanc avec un ours brun [2]. Randall du site web scientifique XKCD tend quant à lui à exclure l’existence du yéti. Son argumentation repose sur l’observation qu’une existence éventuelle aurait dû être prouvée par une photographie avec une très grande certitude, sachant qu’à l’heure actuelle, environ 99,9% de la population mondiale porte constamment un appareil électronique capable de prendre des photographies [3].

En l’état actuel de nos connaissances, une rencontre avec un yéti semblait donc improbable, c’est pourtant ce qui nous est arrivé à Lara, Jürg, François et moi, autrement dit les fameux « People 125 », le lundi 21 octobre 2013 lors de notre trek sur le circuit des Annapurnas au Népal. Aux alentours de 15h ce jour-là, nous étions en chemin entre Chame et Bharantang lorsque s’est présenté un embranchement du sentier mal répertorié sur notre carte. Comme mes compagnons étaient fatigués, j’ai pris la décision de partir seul courageusement, ou peut-être inconsciemment si on considère la suite des événements, en reconnaissance de cet éventuel itinéraire alternatif. Après m’être enfoncé d’une cinquantaine de mètres dans le sous-bois qui bordait l’itinéraire principal, j’ai soudain vu des buissons frémir. Interloqué, je me suis approché afin d’investiguer l’origine de cette agitation. C’est alors qu’a surgi un yéti, qui s’est sauvagement rué vers moi. Jamais je n’oublierai son regard farouche, sa tête de gorille, ses rugissement assourdissants, ses poils hirsutes, ses dents acérées, l’odeur âcre de sa respiration, l’impression que le sol tremblait sous son poids. J’étais pétrifié par la terreur. Malgré sa masse imposante, en quelques pas il m’avait rejoint, et d’un coup du revers de la main, j’étais jeté au sol. Curieusement, sa main m’a laissé un souvenir marquant (au sens figuré en plus du douloureux sens propre) par le fait qu’elle m’était étrangement familière. Je rejoins alors les témoins qui parlent d’hominidés.

Le yéti
Photographie du spécimen de Yéti rencontré lors du tour des Annapurnas. Photographe lara.

J’étais donc à terre, et j’ai tenté d’alerter mes compagnons, mais un nouveau coup m’a assomé et mis un terme à mes cris d’alarme. Quand j’ai finalement repris connaissance, le yéti était engagé dans une sorte de duel de hurlements avec mes camarades. Bizarrement, il semblait effrayé, certainement à cause du peu de rencontres qu’il a dû avoir avec des humains. J’ai su saisir ma chance, je me suis levé d’un bond et j’ai couru aussi vite que possible vers le chemin principal. J’ai pu rejoindre mes amis, mais le temps que je me retourne, le yéti avait disparu.

Nous avons immédiatement décidé d’entreprendre une traque afin d’en apprendre plus sur ce spécimen. Malheureusement, il n’a laissé que peu de traces exploitables qui n’ont pas permis de le retrouver, ainsi les quelques photographies que nous avons prises (dont celle reproduite ici) constituent l’unique preuve de notre rencontre avec un abominable homme des neiges.

Après cette terrifiante expérience, nous sommes partagés quant aux actions futures à entreprendre. Dans l’intérêt de la science, il faudrait évidemment monter une expédition pour tenter de retrouver le yéti, maintenant que son existence est avérée et sa position approximativement connue. Toutefois, d’un point de vue éthique, il n’est certainement pas justifié de tenter de le capturer, et ce d’autant plus qu’il semble être un primate. Finalement, c’est le bon sens qui a motivé notre décision finale: tenter de capturer une sorte de gorille de 250kg clairement violent sur un terrain aussi inhospitalier que l’Himalaya est définitivement plus dangereux que récupérer d’un trek à Katmandou en buvant des bières avec des potes et en traînant dans des boulangeries pour les Z’nüni et les Z’vieri (c’est ça de partir en voyage avec un Suisse-Allemand) et en général les Z’k-i, k ∈ {0,1,2,3,…,23} (et c’est ça de partir en voyage avec un physicien-mathématicien), même si les chili momos te démontent la face plus violemment qu’une baffe de yéti!

[1] Reinhold Messner, « My quest for the Yeti: confronting the Himalayas’ deepest mystery »
[2] Bryan Sykes, unpublished results
[3] xkcd.com/1235

Le Mustang, c’est …

Chers lecteurs, voilà une nouvelle catégorie « invité  » sur mon blog. Je vous partagerai des textes écrits par des amis voyageant aux même endroits que moi ou avec moi. Sans plus attendre, le premier billet de cette rubrique à propos du Haut Mustang.

Publié initialement le 14 octobre 2013

Le Mustang, c’est sec, sauvage, aride. C’est le désert à la montagne, la steppe mongolienne en trois dimensions. C’est ocre, gris, vert, rouille, dans des nuances infinies.

C’est aussi un peu le Grand Canyon, les gorges profondes de la Kali Gandhaki, pratiquement asséchée en cette saison, où les derniers filets d’eau dessinent des courbes énigmatiques.

Le Mustang, c’est le silence, régulièrement interrompu par le crissement de la terre sous nos semelles. C’est le vent, sa caresse sur nos peaux et sa mélodie à nos oreilles. Il siffle, hurle, fait claquer les drapeaux de prière au sommets des cols, et valser la poussière au tempo des rafales. Tourbillons parfois violents. Nous courbons l’échine et battons en retraite derrière nos cagoules.

Le Mustang, c’est nuageux, un peu trop souvent à mon goût. Cumulus, nimbus et autres cirrus, paresseusement lovés sur les reliefs, s’élevant en volutes légères, qui semblent émaner des montagnes elles-mêmes ou déchirés par les cimes qu’ils défient et tentent hardiment d’occulter. Leur ombre se projette sur le flanc des montagnes. C’est un jeu de lumière, un pochoir géant avec le soleil, aussi magique qu’éphémère.

Le Mustang, c’est chaud. C’est même un sacré cagnard parfois. C’est un arc-en-ciel autour du soleil. Et soudain, une tempête. C’est le froid, la pluie et même la neige au passage du col à 4200 mètres. C’est le brouillard, véritable purée de pois. Visibilité quasi nulle. Fatiguée, frigorifiée, trempée jusqu’à la culotte, déçue. Mais heureusement, c’est aussi un thé brûlant et bien sucré près du poêle, dans la cuisine sombre et enfumée d’un monastère. Réchauffée, requinquée, réconfortée.

Ce sont, au loin, ces sommets enneigés. 7000, 8000 mètres, si près du ciel! Massifs, majestueux, ils imposent le respect et nous rappellent la petitesse de notre condition humaine. Nilgiri, Dhaulagiri, Annapurnas, c’est la poésie de l’Himalaya. Ils voient tout, et posent leur regard bienveillant sur notre périple. Après plus d’une semaine, je les contemple enfin en retour. 6h du matin, les nuages ont renoncé, ciel bleu. Seule sur le toit de l’hôtel, lever du soleil sur le toit du monde. Un cadeau, un trésor. C’est la magie de l’Himalaya.

Le Mustang, c’est marcher pendant des heures sur des routes en construction, des sentiers rocailleux, ou à travers d’immenses pierriers. C’est monter, descendre, pour remonter encore. Passer des cols pour rallier des villages, éparpillés, semble-t’il au hasard, par une main invisible. Trois ou quatre maisons parfois, et autant de chortens et de monastères. C’est coloré. Blanc, rouge, bleu, jaune, vert, comme les drapeaux de prière. Ce sont des femmes en habits traditionnels qui font la lessive ou la vaisselle dans la rivière, des enfants qui jouent, espiègles et poussiéreux, des hommes, des femmes et des enfants qui rentrent des champs, croulant sous le poids la récolte du jour. Et à chaque fois, c’est « Namasteeee! ».

Ce sont les soirées dans les maisons de thé. Ce sont didi et bohini, véritables maîtresses de maison. Les yeux rieurs, leur sourire timide réchauffent l’atmosphère bien mieux que le vieux poêle. Enveloppés dans nos polaires : une soupe, du daal bath ou des röstis (!), un thé massala, un livre et, le luxe absolu, rare, une douche chaude.
Le Mustang, faune et flore. Faune surtout. Ce sont des vaches, des ânes, des poules, des chèvres, des chevaux, au détour d’un chemin ou d’une ruelle. Une volée de corbeaux, un aigle, immense, qui plane gracieusement. Une marmotte, un lièvre et deux yacks!

Mon Mustang, c’est un rêve – euh! un trek de 10 jours, 55 heures de marche, environ 200 km et 7300 mètres de dénivelé, à la découverte ce monde inconnu. Jusqu’à ne plus pouvoir mettre un pied devant l’autre, mais sans arrêter de sourire, jamais. C’est ressentir l’altitude, pour la première fois au-dessus de 4000 mètres. Puis s’acclimater, et ne plus la ressentir. Ce sont Lakba et Tenzi, guide et porteur, issus d’une famille Sherpa, le regard doux et pétillant, le visage tanné par le soleil, qu’un éclat de rire illumine à la moindre plaisanterie. Un anglais hésitant, des compétences parfois douteuses, mais une bonne humeur et une gentillesse sans bornes. Ils chantent avec le vent, même à 4000 mètres d’altitude!

Le Mustang ou Royaume du Lo. En tibétain Mun Tang, Plaine Fertile. C’est un monde à l’écart du monde. C’est un bout de Tibet dans le Népal. Monarchie, abolie en 2008, mais qui n’a rien perdu de sa majesté.

Le Mustang, c’est simple et authentique. Je suis séduite. C’est une déconnexion, au sens propre et figuré. Plus de natel, plus d’internet, plus d’e-mail, plus de sms, plus de WhatsApp ni de Facebook. Moyens de communication modernes, finalement autant d’entraves et de dépendances. Un sevrage bienvenu. Ne plus attendre, ne plus anticiper. Seul le présent importe. Simplement être là et oublier le reste. Vivre pleinement et intensément chaque instant. Profiter de chaque rayon de soleil, chaque brise et chaque bourrasque. Chaque montagne, chaque colline, chaque caillou. Chaque « Namaste », chaque regard, chaque sourire.

Plein les mirettes et plein les guiboles. Le Mustang, c’est tout ça. Mais le Mustang, c’est bien plus. Les mots et les photos ne suffisent pas. Ils ne sont jamais qu’une banale retranscription, une copie floue et terne de cette réalité indescriptible, indicible. Simplement unique.

Des Annapurnas au Mustang

Muktinath. Vingtième jour de trek, environ 300 kilomètres et plus 18’000 mètres de dénivelé positifs avalés. Les organismes sont fatigués, mais la tête est sereine et les souvenirs des magnifiques paysages remplissent nos esprits. Je retrace mentalement les chemins empruntés. À chaque instant nos efforts étaient récompensés par la découverte d’un point de vue qui semblait encore plus beau que le précédent.

Notre randonnée débute dans une végétation luxuriante. Les bananiers et les bambous verdoyants bordent les chemins. Les arbres touffus recouvrent tel de la mousse les sommets voisins jusqu’à leur cime. Au fur est à mesure de notre balade autour des Annapurna, les feuillus se parsèment et font gentillement place aux différents conifères plus adaptés aux rigueurs de la montagne. Au détour d’un changement de direction de la vallée principale, les transformations végétations se font encore plus rapides. Les paysages, désormais garnit de pins, d’herbe rase et de petits cours d’eau paisibles, ont des allures d’un Derborence d’avant l’éboulement. Au-dessus de nous, immaculées et dominatrices les cîmes Himalayennes enneigées nous observent, sans changer de visage, durant plusieurs jours. Alors que l’altitude a tranquillement raison des derniers arbres, une toundra alpine aux couleurs rouge ocres sur fond d’herbes sèches prend le relais. Lorsque celle-ci se meurt également, la variété des formes géologiques continuent le spectacle pour notre plus grand plaisir. Après avoir quitté la plaine glacière, notre chemin se fraie un bien minuscule passage dans l’immensités de pyramides creusées par l’érosion au milieu des moraines. Formées d’un amoncellement de petites pierres sur des centaines de mètre de dénivelé, en équilibre instable celle-ci se jouent temporairement de la gravitation. Plus haut encore, lors de notre ascension jusqu’au lac Tilchio, la neige déroule son tapis blanc pour nous accompagner. Le lac Tilichio d’un bleu profond dévore tranquillement un petit glacier se brisant en séracs d’un sommet environnant.

Durant quatre jours, les paysages minéraux nous amènent ensuite jusqu’au Thorung La Pass à 5416 mètres. Celui-ci nous permet de rejoindre le Mustang où les phénomènes de fœhn sont si prononcés, qu’une fois au sommet de ce col, un désert aux milles variations de jaunes, bruns et d’ocres s’offre à nous. Dans le Mustang, taillé patiemment par l’érosion, l’absence de végétation efface toutes les échelles de grandeur. Seul de petits villages disséminés au grès du chemin donnent une taille à ce royaume minéral. Les Chortens et les drapeaux de prières tibétains ajoutent leurs touches de couleurs à cette immensité de roches rouges, oranges, grises.

Tant de variations en si peu de distance et si peu de jours, les Himalayas nous en ont mis plein les yeux et éclaircit nos pensées. J’en suis sûr, nous reviendrons et pas seulement pour les montagnes.

« Les seules pensées zen que vous puissiez trouver en haut d’une montagne sont celles que vous avez apportées avec vous. » Robert M. Pirsig

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My life at the AAN Children’s home

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Times flies so fast. I have already been volonteering for one month in Pokhara at the Annapurna Association (AAN) Children’s Home. The biggest reward for the time I have spend with the kids is their smiles and happiness. They welcomed me very friendly in their home and I thank them all for that.

The AAN Children’s home, located in Lakeside, is managed by Milan and Cita. Milan is the father of the 25 kids living or depending on this orphanage. He is doing an incredible work to give them the best conditions of life and the greatest opportunities for their future. Cita, whose dal bath is probably the best in Nepal, cooks and takes care of all the kids. In the nearby garden, Tika grows the vegetables for the curry.

The life starts a bit earlier than the sunrise in the house. As soon as the kids wake up, they start to work for their homeworks. As result, in the morning many voices repeating the daily homeworks emerge from the children’s home like prayers. As volunteers we have helped the kids in the different school topics. I helped especially some of the kids in science, math and physics. A bit before nine, the kids get their morning dal bath and then start to prepare themselves for school. The shoes are shinned, the uniforms prepared, the ties tied… and finally around nine thirty, the school bus picks up the kids. Around five, at their return form school, the kids take rest and some snacks, before reading again their homeworks until the evening dal bath. This program is, with the exception of festivals or political strikes, repeated six days a week: the only free day being Saturday.

With the help of some generous donors, I was able to install a computer corner for the kids with six laptops. Recalling the famous quotes of Jimmy Wales, Internet entrepreneur and co-foundator of Wikipedia: « Imagine a world in which every single person on the planet is given free access to the sum of all human knowledge. That’s what we’re doing. »1.
I put a copy of Wikipedia for School on every computers. This special version of Wikipedia is meant for offline computers and was carefully checked and selected by SOS Children. It contains more than 6’000 articles and 50’000 pictures. The kids liked it immediately since it is such a great source of knowledge for them. Thanks to all the contributors to this project and to Wikipedia without whom this would have not been possible. Some of the computers run on a GNU/Linux distribution called Ubuntu,2. I therefore took some time to explain the basic idea of Free Software and of this free encyclopedia. The smaller kids also had a short introduction to the nice GCompris Suite, which they have already adopted.

On a more manual side, with two other volunteers, we have build a tomato greenhouse in the orphanage’s garden. Is has been very funny to work with an Italian and a French-American under the supervision of a Nepali. Finally, our bamboo structure was even designed like « Swiss-Chalet ». Hopefully, in some month the first tomatoes will come out of it.

After one month walking always in the same streets and taking some habits, I also became part of the city: the barber, the fruit seller, the shopkeeper and the all the brother’s hotel boys greet with large smiles. In conclusion, I can tell that this month was very relaxing and rewarding. I thanks a lot Milan for his great kindness and for all what he is doing for these kids and Cita for preparing us nice teas and delicious dal bath. Thank you, Denebad, Merci to all the kids, Milan, Cita, Tika, the other volunteers and the people around the world supporting the Annapurna Association.

1. Wikiquote, Jimmy Wales
2. Not all to let the kids be more familiar with different operating systems and office suites, instead of making them slaves of a given interface. (see François Elie, « Quelle école pour la société de l’information ? Program or be programmed ? »)

 

Ma vie à la maison des enfants AAN

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Le temps passe si vite. Voilà déjà un mois passé à Pokhara comme bénévole à la maison des enfants de l’Association Annapurna (AAN). La plus grande récompense pour le temps passé avec les enfants est à coup sûr leurs sourires et leur joie de vivre. Je les remercie tous pour l’accueil très chaleureux dans leur maison.
Située à Lakeside, la maison des enfants de AAN est gérée par Milan et Cita. Milan prend le rôle du père des 25 enfants vivants ou dépendant de l’orphelinat. Il fait un travail incroyable pour leur donner les meilleures conditions de vive et les plus grandes chances pour leur futur. Cita, dont le dal bath est probablement le meilleur du Népal, cuisine et prend soin de tous ces enfants. Dans le jardin à proximité, Tika fait pousser divers légumes pour le curry.

La vie dans la maison commence un peu avant le lever du soleil. Au réveil, les enfants commencent à travailler pour leurs devoirs. Le matin les voix répétant les leçon émergent de la maison tels des prières. En tant que bénévole, nous avons aider les enfants dans les différents sujets. J’ai aidé les enfants principalement en science, math et physique. Un peu avant neuf heure, les enfants prennent leur dal bath matinal et se préparent pour l’école. Les chaussures sont cirées, les uniformes préparés, les cravates nouées pour le passage du bus scolaire au environ de neuf heure trente. À leur retour de l’école vers cinq heure, les enfants prennent une pause et un snack avant de reprendre l’étude jusqu’au dal bath du soir. Ce programme est, à l’exception des jours de festivals ou de grèves politiques, répété six jours par semaine, le seul jour libre étant le samedi.

Grâce à plusieurs généreux donateurs, j’ai pu installé un coin informatique pour les enfants avec six ordinateurs portables. Me souvenant de la fameuse citation de Jimmy Wales, entrepreneur et co-fondateur de Wikipédia: « Imaginez un monde dans lequel chacun puisse avoir partout sur la planète libre accès à la somme de toutes les connaissances humaines. C’est ce que nous sommes en train de faire. » 1. J’ai copié de Wikipedia for School sur chacune des machines. Cette version spéciale de Wikipédia est prévue pour les ordinateurs sans réseaux et a été soigneusement vérifiée et sélectionnée par SOS Children. Elle contient plus de 6’000 articles et 50’000 images. Les enfants l’ont adorée tout de suite car c’est une riche source incroyable de connaissances. Merci à tous les contributeurs de ce projet et de Wikipédia sans qui cela n’aurait pas été possible. Certains des ordinateurs tournent sous une distribution GNU/Linux appelée Ubuntu,2. j’ai donc pris un peu de temps pour expliquer les principes de bases des logiciels libres et de cette encyclopédie libre. Les plus petits ont eu droit à une introduction à la suite GCompris, qu’ils ont déjà adoptée.

Sur un plan plus manuel, à l’aide de deux autres bénévoles, nous avons fabriqué une serre pour les tomates dans le jardin de l’orphelinat. Ce fût très drôle de travailler avec un italien, un français-américain sous la supervision d’un népalais. Finalement, notre structure en bambous a été conçue selon le principe des chalets suisses. Espérons que tout prochainement sortiront les premières tomates de cette serre.

Après un mois à passer par les mêmes coins et prenant mes habitudes, je fais désormais partie de la ville: le barbier, la vendeuse de fruit, le tenancier du magasin et les « brother » de l’hôtel me saluent tous de leur plus grand sourire. En conclusion, je peux dire que ce mois a été très relaxant et très enrichissant. Je remercie chaleureusement Milan pour la grande générosité et pour tout ce qu’il fait pour les enfants et Cita pour la préparation du thé et des délicieux dal bath. Merci, Denebad, Thank you à tous les enfants, Milan, Cita, Tika, les autres bénévoles et tous les gens autour du monde qui soutiennent l’Association Annapurna.

1. Wikiquotes, Jimmy Wales
2. Pas tous pour que les enfants deviennent familiers avec d’autres systèmes d’exploitations et suites bureautiques, plutôt que d’en faire des esclaves d’une interface particulière (cf. François Elie, « Quelle école pour la société de l’information ? Program or be programmed ? »)

Scènes de vie à Pokhara

La première activité matinale pour une partie de la population népalaise est de se rendre à un point d’eau pour remplir leurs bidons, jarres ou bouteilles en plastique. Pendant ce temps, les boutiques ouvrent leur unique store et la marchandise est exposée à même le trottoir. Bordant chaque rues et ruelles ces échoppes semblent toutes désespérément vendre les même articles enrobés dans des emballages plastiques multicolores. Ces derniers une fois ouverts décorent tristement les environs des routes, des chemins et des cours d’eau. Au milieu des marchands, un petit café constitué d’une sorte de minuscule garage modestement fourni de quelques tables, chaises et de bancs fait, comme tous les matins, son plein de clients. Les gens y boivent calmement leur thé chai.

Plus tard dans la journée, il n’est pas rare de voir les gens simplement assis ici ou là attendant que quelque chose se passe : qu’un client achète quelque chose, qu’un touriste prenne un taxi ou simplement que les heures passent. Aucune une lueur d’ennuis n’est décelable sur les visages. On y verra juste de la tranquillité ou un sourir accompagné d’un « hello » ou « namaste » aux occidentaux passant par là. Parfois, un carambole ou un « Hâte-toi lentement » animent la journée d’un petit groupe. Au hasard de mes déplacements, j’aperçois, devant une pharmacie, un attroupement. Curieux, je jette un œil au centre du groupe pour me rendre compte que tout simplement une partie d’échec s’y déroule.

La tranquillité des gens et leur amabilité rendent la vie ici et très agréable même si toutes les commodités auxquels nous sommes habitués dans nos pays ne fonctionnent pas, ou n’existe pas encore. La modernité au Népal s’exprime par trois choses : les claxons incessants, les plastiques omniprésents et surtout les téléphones portables. Tout le monde a son téléphone,1 on ne sera donc pas trop étonné de voir une personne vendant quelques pomme-de-terres étalées à terre sur un bout de sac de jute pianoter sur son combiné attendant patiemment un client. D’un autre côté, plein d’autres aspect de la vie sont encore très rudimentaires. Au bord du lac Fewa on assiste ainsi au lavage des vêtements d’une large classe de la population. Le long des routes depuis Kathmandou, il n’était pas rare non plus de voir les gens se laver à un simple robinet devant leur maison. Bien que des transports locaux par des microbus existent, le moyen de transport le plus utilisé est la marche.

De nuit, au grès des coupures de courant, la lumière blafarde d’une simple bougie éclaire les moins fortunés. Pour les autres, les craquettements des criquets sont couverts par les ronronnements mécaniques d’une génératrice produisant l’électricité nécessaire à l’éclairage. Les signes d’un coupure de courant ne sont ainsi au premier abords pas si évident, mais au fur et à mesure des jours, nous reconnaissons les zones habituellement éclairées. En l’absence de tout éclairage public nous, occidentaux, passons pour des gens étranges avec nos lampes frontales.

Note : Vous pouvez suivre et regarder mes autres photos sur Flickr directement.

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1. Enfin presque, le taux de pénération est d’environ 65%.

Premières impressions du Népal

Finalement après m’être senti un peu comme Viktor Navorski durant mon escale nocturne au terminal de l’aéroport international de Doha, je repris mon périple en direction du Népal. Cinq heures plus tard, je suis fatigué mais excité. Mon avion amorce sa descente vers Kathmandou. Par le hubleot, j’aperçois au loin quelques montagnes dépassant fièrement les cumulus tout en rivalisant avec notre altitude de vol: voilà les Himalayas. Les vallées entourant Kathmandou offrent à nos yeux une verdure luxuriante parsemée de quelques modestes habitations. L’endroit semble d’apparence paisible et rien ne présage de l’agitation folle de la ville.

Les imperfections la piste d’atterissage donnent rapidement le ton de ce que je vais découvrir. Après les formalités d’usage, je monte dans un taxi. La circulation est très rapidement dense et chaotique, tout comme l’air ambiant. Nombre de pistes n’ont pas d’asphalte dégageant ainsi une épaisse poussière aux passages des trop nombreux véhicules. Ceux-ci ajoute également leur dose de particules noirâtres à la pollution ambiante. Au milieu de cette brume résonnent milles claxons indiquant à qui veux bien les écouter que l’usager de la route en question a la priorité. Les ornières ralentissent le trafic et nous force à nous arrêter régulièrement. Si bien, que notre vieux taxi reste en rade un moment à la première montée. Plus nous pénétreront dans la ville, plus les routes se font étroites. Les claxons ouvrent alors en fanfare la voie au travers des piétons dans les rues de Thamel.

Thamel, cette fourmilière humaine regorge d’agitation. Les enseignes d’échoppes rivalisent les unes avec les autres dans un festival de couleurs très anarchique. Les motos et les véhicules y roule au pas au milieu de la foule qui semble piégée dans ce labyrinthe de bâtiments si vétustes. Au hasard d’une rue, les conducteurs rickshaw en manque de touriste dans cette période creuse se mélangent avec des enfants collectant les nombreuses ordures au sol, les prières et offrandes des croyants dans les temples dispersés au grès des carrefours, et les indénombrables propriétaires des boutiques de souvenirs attendant patiemment le passage d’un acheteur. Le bruit et le nombre de personne donnent très rapidement le tournis.

Les népalais vous abordent avec facilité et immanquablement avec les même questions: D’où vennez-vous ? Est-ce votre première fois au Népal ? Aimez-vous le pays ? L’interrogatoire se passe toujours avec amabilité et respect. Les gens sont tous très souriants et accueillants. Bien entendu, grand nombre d’entre eux souhaitent vous offrir les services de leur agence de treks ou de guides, ou veulent vous faire visiter leur école de peinture dans l’espoir de vendre un de leur mandalas ou autres dessins sacrés. Une fois le refus clairement établi, ils ne rompent pas pour autant la conversation toujours intéressés à ce mystérieux visiteur venu de loin visiter le Népal.

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