Là-Haut ? Au Laos !

Après de grandes hésitations, je me suis quand même décidé de descendre la Nam Khong — plus connue sous le nom occidental de Mékong — sur un de ces fameux « slow boat » — des sortes de péniches allongées utilisées pour le transport fluvial. Deux jours durant, je me laisse ainsi porter par les flots et l’assourdissant rugissement du moteur dans de sublimes paysages où les collines verdoyantes guident le Mékong sur sa voie vers le Sud. En saison sèche, les nombreux rochers menaçant les embarcations rendent la navigation peu aisée. Un groupe de suisses que je rencontre en a justement fait la mauvaise expérience. Ils avaient acheté une petite braque pour faire la trajet par eux-même, mais les pièges du Mékong ont rapidement mis fin à leur aventure. Cette voie d’entrée au Laos est probablement la plus touristique qui existe. Il est difficile de se sentir dans une nouvelle culture car ce chemin tout tracé est semé d’autant arnaques que de chauffeurs de tuk-tuk. Ma croisière se termine à Luang Prabang où il y reigne comme un petit goût de Paris. Cette ville a gardé sa culture française tant dans les architectures coloniales que les noms de rue et surtout dans ses boulangeries. Après tant de mois, je me fait un plaisir de déguster à nouveau une baguette croustillante et des croissants au beurre bien gras.

Une jarreJe me rends ensuite à la Plaine des Jarres, bien moins touristique et surtout chargée d’histoire. Dans cette région, sur divers sites, sont dispersées des centaines de jarres de toutes tailles mesurant jusqu’à deux mètres de haut pour la plus grande. Celles-ci auraient servies aux géants de cette contrée pour trinquer à la bière de riz lors de leur victoire sur l’envahisseur — enfin, d’après la légende locale. Les archéologues ne sont toutefois pas en mesure de fournir d’explications totalement satisfaisantes sur l’origine et l’utilisation de ces jarres.[1] On sait que celle-ci ont été, dans cette région, simplement creusées dans des rochers de plusieurs tonnes arrachés aux montagnes plus de 200 kilomètres au Nord. Certains prétendent qu’elles auraient servies comme urnes pour les préparations funéraires et les crémations, mais les restes humains enterrés autour des jarres n’appuient que partiellement cette hypothèse. Entre les jarres, les cratères de plus de dix mètres de diamètre ainsi que le balisage rouge et blanc du déminage nous rappelle une part peu glorieuse de l’histoire moderne. Cette plaine fût en effet théâtre de bombardements massifs par l’armée américaine durant la période de la guerre de Vietnam. Même si officiellement les USA ont quitté le Laos au début des années soixante, des centaines de millions de sous-munitions ont été larguées ici. Celle-ci étaient malheureusement peu fiables; plus de 30% ne se sont pas déclenchées. Il reste ainsi une énorme quantité de ces ordonnances-non-explosées (UXO) — les bombies, comme les locaux les appellent — qui attendent qu’un malheureux les déclenchent ou qu’elles soit désamorcées par les organisation de déminage.

Tranquillement terré au fond d’un garage, j’en apprends plus sur cette guerre secrète menée par l’Agence Centrale de Renseignements américaines (CIA) grâce à un documentaire Arte théoriquement banni du Laos. La zone au Sud de la plaine de Jarre a en effet rapidement gagné en importance pour lutter contre l’avancée du Pathet Lao. Quelques agents de la CIA ont ainsi été chargés de monter une armée locale avec les hommes de la tribu des Hmong. Le quartier général de cette opération cachée était basé à Long Cheng (Tieng, ou Chieng), plus connu à l’époque sous le code de le Lima Site 20-Alternate (LS20-A). Je me passionne pour cette histoire et cherche à en savoir plus et m’informe sur les moyens de visiter cette ville secrète dont le nom signifie « vallée degagée » et qui, bien qu’abandoné depuis quarante ans, possède toujours une piste d’atterisage suffisamment longue pour y poser un avion de ligne  entour. Cet aéroport fût la plus grande installation américaine sur sol étrangé durant la guerre du Vietnam et devint en 1969 un des plus utilisés au monde. Lors de l’évacuation des lieux en 1975, plus de 50’000 soldats et réfugiés vivent dans cette ville qui ait ainsi la deuxième plus grande ville du Laos

Deux jours plus tard, je tient mon billet pour Long Cheng et suis plus que motivé à subir les huit à dix heures de routes sur le pont d’un camion 4×4 pour voir ce endroit de mes propres yeux. À l’instant de monter à bord, le chauffeur m’annonce malheureusement qu’il refuse de transporter un étranger. Même si théoriquement le gouvernement à démantelé cette zone secrète et créé une nouvelle province, on m’avait mis en garde sur l’existance de plusieurs points de contrôles armés le long de la route. Les locaux n’étaient que peu surpris mais pas inquiet de m’entendre parler de cette ville et pratiquement personne ne m’a déconseillé d’y aller. Je tenterai une visite une prochaine fois. Je m’en vais finalement par le bus de nuit vers Ventiane

Direction Longcheng ?Après quelques jours relaxant, dans le mélange de culture laotienne et française de Ventiane, je quitte cette trop calme capitale pour aller à l’aventure dans les environs, accompagné désormais de Aline, déjà rencontrée au hasard de mon chemin à Luang Prabang. Nous enfourchons des motos, direction Xaysomboune juste au Sud de LS20-A. En partant, j’ai quand même un peu d’espoir d’arriver tout proche de Long Cheng, mais je me résous à abandonner mon idée car les derniers cinquante kilomètres sont quasiment impraticables, surtout avec nos petites cylindrées plus adaptées aux villes qu’aux chemins. Le premier soir, après pas mal de kilomètres de pistes, nous rencontrons un groupe de locaux joviaux qui nous invitent chaleureusement à partager la soirée de St-Valentin avec eux. La bière Laos coule à flots, mais malgré ce handicap, Aline assure quelques beaux points à la pétanque — un autre lègue de la colonisation française. Le lendemain notre périple se poursuit sur une route flambant neuve en direction de Phu Bia — la plus haute montagne du pays. Lorsque nous nous arrêtons en fin de matinée pour manger, j’observe un groupe de gens en pleine cérémonie. En moins d’un instant, nous sommes invités à ce mariage bouddhiste traditionnel (organisé selon les coutumes Thaïlandaises) et aussi vite que les sourires et les regards se dirigent vers nous, des verres de bière Laos nous sont servis. Nous participons à la partie du rituel, où les invités attachent aux poignets des mariés des rubans de coton garnit de billets. Ils nous est difficile de refuser l’hospitalité des villageois, même s’ils nous semblent par moment voler la vedette au nouveau couple. Finalement, en tant qu’inivité d’honneur nous sommes même servis les premiers et nous nous régalons de lap — un succulent plat typiquement laotien à base de viande hachée mélangée avec diverses herbes aromatiques, dont de la menthe et du basilic et plutôt relevé.

Avec les mariéQuelques heures et bières plus tard, nous nous échappons malgré les multiples recommandations et invitations a rester là pour participer à la grande fête ce soir. D’ici, les choses se corsent, le chemin de terre que nous empruntons est parsemé de cailloux et rochers. Jusque là, la piste et la route étaient vraiment bien entretenus pour faciliter le passage des multiples convois de camions chariant cuivre, argent et or extrait dans la mine à ciel-ouvert bordant le dernier village où nous nous sommes arrrêtés. De gestion australienne, la taille imposante de ce complexe minier ne laisse aucun doute sur l’importante entrée d’argent qu’il génère. Bien que cette industrie fournisse un grand nombre d’emplois pour les locaux, elle est en train de modifier complètement la région et le contraste est flagrant entre vie paysanne et la vaste mine à ciel ouvert nivelant tout le paysage : extraction, nouvelles routes et centrales hydro-électriques. Plusieurs bassins de retenue ont été construits pour couvrir la gigantesque demande énergétique des tris et raffinage des minéraux extraits. Si bien que la suite de notre route se trouve désormais plusieurs dizaines de mètres sous l’eau. Nous chargeons donc nos motos sur une barque pour traverser ce recent lac artificiel dont même les cartes du trop fameux moteur de recherche ignorent l’existence. (On notera, au passage, que la nouvelle liaison par ferry existe sur les cartes libres d’OpenStreetMap.)

Je suis interpellé par le grand nombre de militaires patrouillant dans la région, les intérêts économiques en jeux sont si importants que le gouvernement fournit un protection a une compagnie étrangère. J’avais en effet entendu que des troubles avaient éclatés entre les exploitants et quelques groupes ethniques vivant dans cette région, ce qui n’est pas très étonnant à la vue des travaux titanesques d’extraction. Dans tous les cas, avec toutes ces kalashnikovs et un véhicule amphibie datant des années soixante, il y a comme un air de guerre du Vietnam ici. Mais rassurez vous, les militaires sont extrêmement gentils avec nous, un gradé inciste même pour me payer une biere et a manger avant que l’on embarque sur le lac. Déjà gavé lors du mariage, je refuse toutefois son offre.

Nous rentrons à Ventiane par la route 13, traversant ainsi la région de montagnes proche de Vang Vien, avant d’entamer notre route vers le Sud en direction de la grotte de Kong Lor. Les habitants de St-Léonard en Valais ont de quoi être jaloux. Ici, la rivière Nam Hinboun parcourt près de 7.5 kilomètres dans une impressionnante grotte de 30 à 100 mètres de diamètre creusé par les flots au travers des roches karstiques de la région. Il semble que depuis bien longtemps les locaux connaissaient et utilisaient cette voie de communication, mais la cartographie de celle-ci ne date que des années 90. « À moins de 500 mètres du confluent du Nam Tôn, s’ouvre dans la montagne une superbe grotte dont la voûte irrégulière supporte d’énorme rochers en saillie, terminés par des stalactites. Des lianes, des plantes grimpantes, des arbustes l’encadrent jusqu’au sommet et adoucissent l’aspect sauvage de l’entrée du souterrain. L’eau dort à l’entrée, très limpide, reflétant comme un miroir les moindres détails du paysage. » écrivait ainsi le capitaine Cupet du deuxième régiment de zouaves en juillet 1887 lors de son exploration de l’Indochine à l’aide de locaux.[2]

Mr ViengFinalement, après avoir visité à Champasak le Wat Phu, le plus important temple Khmer hors du Cambodge, nous concluons notre voyage dans ce pays par le tour du fameux plateau des Boloven. Cette région fût formée par l’erruption d’un ancien volcan il y a plusieurs millions d’années. Nous passons trois jours en moto à la chasse des chutes d’eau au milieu des plantations de café et de thé. Le deuxième soir, nous arrivons chez Mr. Vieng (merci Pauline pour la recommandation) juste à temps pour observer et surtout sentir la torréfaction de son café. Il ne trie et torréfie que le cafe qu’il vend a ses hôtes, soit entre 300 et 500 kg par année. Nous passons la soirée dans ce havre de paix habité par les esprits animistes des populations locales. Le lendemain après une bonne tasse de café fraîchement torréfié, nous visitons les plantations des différentes variétés poussant au Laos : arabica, rubica et liberica. Au retour, nous en apprenons plus sur la vie des gens du village et du plateau. La demande de manioc pour la production de farine destinée a l’élevage animalier a fortement augmentée la dernière année, le gros revenus potentiel a donc pousse une majorite de la population a se lancer dans sa culture. C’est ainsi que devant chaque maison sèche désormais du manioc tranchés, mais avec autant de précipitations les prix risquent de chuter fortement.

Dès que l’on sort des circuits habituels, on est accueilli par une foule de locaux très heureux de partager leur vie avec les visiteurs s’y aventurant. J’ai beaucoup aimé ce pays malgré les arnaques organisées des tuk-tuk dans les grondes villes.. Je vous recommande volontiers d’y allaer..

 [1] La Plaine des Jarres, Plains of Jars (en)
 [2] Tham Konglor – La Nam Hin Boun souterraine

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