Le Mustang, c’est …

Chers lecteurs, voilà une nouvelle catégorie « invité  » sur mon blog. Je vous partagerai des textes écrits par des amis voyageant aux même endroits que moi ou avec moi. Sans plus attendre, le premier billet de cette rubrique à propos du Haut Mustang.

Publié initialement le 14 octobre 2013

Le Mustang, c’est sec, sauvage, aride. C’est le désert à la montagne, la steppe mongolienne en trois dimensions. C’est ocre, gris, vert, rouille, dans des nuances infinies.

C’est aussi un peu le Grand Canyon, les gorges profondes de la Kali Gandhaki, pratiquement asséchée en cette saison, où les derniers filets d’eau dessinent des courbes énigmatiques.

Le Mustang, c’est le silence, régulièrement interrompu par le crissement de la terre sous nos semelles. C’est le vent, sa caresse sur nos peaux et sa mélodie à nos oreilles. Il siffle, hurle, fait claquer les drapeaux de prière au sommets des cols, et valser la poussière au tempo des rafales. Tourbillons parfois violents. Nous courbons l’échine et battons en retraite derrière nos cagoules.

Le Mustang, c’est nuageux, un peu trop souvent à mon goût. Cumulus, nimbus et autres cirrus, paresseusement lovés sur les reliefs, s’élevant en volutes légères, qui semblent émaner des montagnes elles-mêmes ou déchirés par les cimes qu’ils défient et tentent hardiment d’occulter. Leur ombre se projette sur le flanc des montagnes. C’est un jeu de lumière, un pochoir géant avec le soleil, aussi magique qu’éphémère.

Le Mustang, c’est chaud. C’est même un sacré cagnard parfois. C’est un arc-en-ciel autour du soleil. Et soudain, une tempête. C’est le froid, la pluie et même la neige au passage du col à 4200 mètres. C’est le brouillard, véritable purée de pois. Visibilité quasi nulle. Fatiguée, frigorifiée, trempée jusqu’à la culotte, déçue. Mais heureusement, c’est aussi un thé brûlant et bien sucré près du poêle, dans la cuisine sombre et enfumée d’un monastère. Réchauffée, requinquée, réconfortée.

Ce sont, au loin, ces sommets enneigés. 7000, 8000 mètres, si près du ciel! Massifs, majestueux, ils imposent le respect et nous rappellent la petitesse de notre condition humaine. Nilgiri, Dhaulagiri, Annapurnas, c’est la poésie de l’Himalaya. Ils voient tout, et posent leur regard bienveillant sur notre périple. Après plus d’une semaine, je les contemple enfin en retour. 6h du matin, les nuages ont renoncé, ciel bleu. Seule sur le toit de l’hôtel, lever du soleil sur le toit du monde. Un cadeau, un trésor. C’est la magie de l’Himalaya.

Le Mustang, c’est marcher pendant des heures sur des routes en construction, des sentiers rocailleux, ou à travers d’immenses pierriers. C’est monter, descendre, pour remonter encore. Passer des cols pour rallier des villages, éparpillés, semble-t’il au hasard, par une main invisible. Trois ou quatre maisons parfois, et autant de chortens et de monastères. C’est coloré. Blanc, rouge, bleu, jaune, vert, comme les drapeaux de prière. Ce sont des femmes en habits traditionnels qui font la lessive ou la vaisselle dans la rivière, des enfants qui jouent, espiègles et poussiéreux, des hommes, des femmes et des enfants qui rentrent des champs, croulant sous le poids la récolte du jour. Et à chaque fois, c’est « Namasteeee! ».

Ce sont les soirées dans les maisons de thé. Ce sont didi et bohini, véritables maîtresses de maison. Les yeux rieurs, leur sourire timide réchauffent l’atmosphère bien mieux que le vieux poêle. Enveloppés dans nos polaires : une soupe, du daal bath ou des röstis (!), un thé massala, un livre et, le luxe absolu, rare, une douche chaude.
Le Mustang, faune et flore. Faune surtout. Ce sont des vaches, des ânes, des poules, des chèvres, des chevaux, au détour d’un chemin ou d’une ruelle. Une volée de corbeaux, un aigle, immense, qui plane gracieusement. Une marmotte, un lièvre et deux yacks!

Mon Mustang, c’est un rêve – euh! un trek de 10 jours, 55 heures de marche, environ 200 km et 7300 mètres de dénivelé, à la découverte ce monde inconnu. Jusqu’à ne plus pouvoir mettre un pied devant l’autre, mais sans arrêter de sourire, jamais. C’est ressentir l’altitude, pour la première fois au-dessus de 4000 mètres. Puis s’acclimater, et ne plus la ressentir. Ce sont Lakba et Tenzi, guide et porteur, issus d’une famille Sherpa, le regard doux et pétillant, le visage tanné par le soleil, qu’un éclat de rire illumine à la moindre plaisanterie. Un anglais hésitant, des compétences parfois douteuses, mais une bonne humeur et une gentillesse sans bornes. Ils chantent avec le vent, même à 4000 mètres d’altitude!

Le Mustang ou Royaume du Lo. En tibétain Mun Tang, Plaine Fertile. C’est un monde à l’écart du monde. C’est un bout de Tibet dans le Népal. Monarchie, abolie en 2008, mais qui n’a rien perdu de sa majesté.

Le Mustang, c’est simple et authentique. Je suis séduite. C’est une déconnexion, au sens propre et figuré. Plus de natel, plus d’internet, plus d’e-mail, plus de sms, plus de WhatsApp ni de Facebook. Moyens de communication modernes, finalement autant d’entraves et de dépendances. Un sevrage bienvenu. Ne plus attendre, ne plus anticiper. Seul le présent importe. Simplement être là et oublier le reste. Vivre pleinement et intensément chaque instant. Profiter de chaque rayon de soleil, chaque brise et chaque bourrasque. Chaque montagne, chaque colline, chaque caillou. Chaque « Namaste », chaque regard, chaque sourire.

Plein les mirettes et plein les guiboles. Le Mustang, c’est tout ça. Mais le Mustang, c’est bien plus. Les mots et les photos ne suffisent pas. Ils ne sont jamais qu’une banale retranscription, une copie floue et terne de cette réalité indescriptible, indicible. Simplement unique.

Une réponse sur « Le Mustang, c’est … »

  1. Wow, absolument fantastique!!….(Rassurée de découvrir qu’il n’y a pas que François qui me fait cet effet!!…;-):-P )

    Bref, merci beaucoup à toi aussi Lara pour avoir partagé ce récit si passionnant et réaliste!!

    Extasiée aussi par la richesse et la clarté de tes descriptions (en te lisant j’arrive à sentir l’odeur de la poussière transportée par le vent dans ses fous tourbillons…l’apaisante sensation du thé bouillant qui descend chauffer cœur et âme après une froide et éprouvante journée…et à me tenir à tes côtés sur le toit du monde les yeux remplis de couleurs pétillants lors du naître d’un nouveau jour!) je me force, malgré moi, à revenir à mes devoirs…mais pas avant de t’avoir emprunté un passage de ton écrit (mon préféré!!) qu’à mon avis faudrait appliquer à toute situation, dans l’espoir et le souhait qu’en l’écrivant une fois de plus, il puisse aller s’installer à jamais dans le cœur et l’esprit de tous ceux qui le liront!! 🙂

    « …Ne plus attendre, ne plus anticiper. Seul le présent importe. Simplement être là et oublier le reste. Vivre pleinement et intensément chaque instant. Profiter de chaque rayon de soleil, chaque brise et chaque bourrasque. Chaque montagne, chaque colline, chaque caillou. Chaque “Namaste”, chaque regard, chaque sourire. »

    Merci pour cette perle,
    Alessia 🙂

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